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Pas facile de résumer tout de go une semaine de contrôles tellement elle fût riche en contrastes !
Alors afin de paresser encore un peu avec le cul sur ma chaise, je trouve un alibi de première : farfouiller sur la surface de mon bureau, si l’on peut encore appeler ça un bureau …

Il faut dire qu’il prend plutôt des allures de jungle, avec  ses petits bouts de papiers épars, ses cartes de visites tantôt colorées ou sobres. Sans oublier les nombreux flyers annonçant la fête ou l’événement «à ne surtout pas louper» et des carnets moleskine laissés en vrac. Au beau milieu de ce mini souk, je découvre une feuille quadrillée. Provenant de diverses écritures, des mots inscrits à l’encre bleue. C'est une espèce de nouvelle version d’un « cadavre exquis * » inventée sur une des tables d’un troquet du coté de Gambetta. Souvenir d'un apéro chargé avec Claire et Wolfgang, et Gretchen ... Le principe étant simplement d’écrire un mot, ou une phrase spontanément, de manière free : -« Une extase,  vacances, bucolique, tout un univers s’ouvre à vous, réveil, superfétatoire, il faut croire aux fées "… Voilà, les mots que je lis aujourd'hui. C'est marrant, même si cela n'a ni queue, ni tête, en cherchant bien, il y a toujours un sens, une direction, une signification ...

Fini le quart d'heure récré, je commence enfin à trouver la forme pour vous conter ma semaine, à la chasse aux sourires.

Comme si cette chaleur orageuse, cette lourdeur, planant dans l'atmosphère, avait banni tout geste, toute  parole ou sourire ... Par certains jours, je devais plonger dans l'arène. Oui mais... cependant je ne distinguais pas trop bien s'il s'agissait de  prime abord ne pas se faire encorner par le taureau, ou servir de déjeuner tout cru à des lions affamés. Bien qu'on n'aie jamais vu de lion adhérer à un cynisme latent de la pensée. Pas plus que le taureau n'est cruel, mais cherche juste à vous envoyer valdinguer ... cela restant l'apanage de l'homme, bien entendu .
Croyez bien qu'il n'était pas évident de voir des sourires s'afficher certains jours.
Encore moins de les provoquer ! Surtout lorsqu'il y a une ombre de lâcheté planant dans l'air, parmi les "usagers*". Comme cette fameuse journée où ... parti en exploration au sourire sur la ligne six, direction Nation, deux "mister quintal"faisant approximativement cent-vingt kilos chacun, particulièrement mal lunés, m'apostrophent dès leur entrée dans la rame avec force insultes sur fond d'un accent pour le moins alcoolisé... D'habitude,le contrôleur du bonheur est accueilli plus chaleureusement par les gens des Îles*. Très vite diagnostiqués tendance violents par votre serviteur, ci-présent,  ils s'avancent titubant vers moi. Un mètre à peine nous sépare: haleine de chacal crevé en plein désert, casquettes américaines vissés sur le crâne, l'un des deux "frères sumo"  se distingue seulement par les trois chicots apparaissant entre ses lèvres difformes.-"Tu vas fermer t'gueule, sinon on t'le fait bouffer ton machin*".  Tous ceux qui précédemment avaient souri ou même ri ... avec moi, avant l'arrivée de ces deux "terreurs de supermarché", baissent le regard ... puis dans la phase suivante c'est carrément la tête qui rentre entre les épaules... un peu comme ... les tortues ... voire les escargots. J'ai toujours une âme de Don Quichotte de la Mancha sur un vieux cheval de bataille, alors je continue, sans me départir de mon arme : la parole avec humour ... Heureusement, nous arrivons tout juste à la station ... (Vous lirez la suite dès demain ...)

* 1: "cadavre exquis" est un nom de jeu de société, se jouant à 4 personnes minimum . Il est constitué de phrases, de mots et verbes écrits en cachette de son voisin, celui-ci complète et une fois la feuille remplie, on la lit de bout en bout ...

*2: "usagers" est bien entendu le terme qui désigne l'utilisateur du métro, mais pour moi il est aussi un rien "usé" face à toutes formes de situations, au point de ne plus réagir.

*3: "gens des îles" = Caraïbes, endroit où il fait bon vivre, et surtout où les gens sont vrais et charmants !

*4: "le machin" est bien entendu le mégaphone, que je nomme plus singulièrement mon "gueulophone"...

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