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Sur le coup des 13h, on peut s’attendre à ce que la rame soit archi bondée sur cette fameuse ligne 2.

Nous étions donc partis pour un voyage genre « transport de sardines ».

Dans ces cas-là, au lieu de commencer par le rituel –« Mesdames, Messieurs, bonjour, Contrôleur du Bonheur » etc., j’opte pour ma nouvelle tactique: miser sur la courtoisie, en lançant d’une voix distincte -« Petit message de votre Contrôleur du Bonheur, à l’attention des Messieurs: -« Messieurs, histoire de prouver qu’à Sarkoland la courtoisie et la galanterie ne sont pas tout à faits mortes, je vous invite à vous lever, afin de laisser les places assises aux dames. Messieurs, à vous d’jouer ! ».Émanant de la gent féminine des rires fusent…Normalement, si un premier candidat à la galanterie, se lève aussi sec et propose sa place assise, on l’applaudit chaleureusement. Et ainsi de suite pour le deuxième, troisième, voire le quatrième…mais s’il s’agit d’un bonhomme libérant une place parce qu’il descend à la prochaine station, là, je signale –« Non, lui, ce n’est pas la peine, il aurait pu se lever avant ! ». Généralement ça continue de rigoler, avec une complicité naîssant entre les passagers, exception faite aux cas de bougonnerie.

Si aucun homme ne fait preuve de courtoisie je lance l'appel aux femmes de la manière suivante –« Mesdames, puisque ces Messieurs ne semble pas obtempérer, je vous propose de manifester votre mécontentement en poussant un gros « Ouh! ». Les dames assises, vous pouvez participer par solidarité pour vos consœurs debout ! Les Messieurs debout également, parité oblige. Ne faites pas les timides, je ne veux pas faire un bide ! Je vous rappelle que je me bats pour votre cause»  Dans le même mouvement, je commence le compte à rebours –« Un, deux, trois ! »

Mélangé aux éclats de rires, un gros « Ouh !» fuse. Propagation de bonne humeur, début de mission réussie. On s’détend malgré le stress lié aux transports en commun.

Pas loin d’une certaine forme d’extase, peu commune vu le lieu, nous étions presque tous transportés par une allégresse commune. Je dis « presque », puisque deux bonshommes se pointent  avec une mine qui ne me dit rien qui vaille.

L’un d’eux se place derrière moi, l’autre devant. Celui de devant, a un regard particulièrement sournois, bête et méchant.

Il m’exhibe son larfeuille et me le colle sous le nez, laissant apparaître une sorte de carte officielle, comprenant un médaillon métallique. Cette dernière n’est même pas barrée du tricolore habituel. Ce qui ne l’empêche pas de me sortir tout de go –« Police, gnagnagna, etc. ». En fait, hormis le « police », je ne comprends pas un traître mot puisqu’il marmonne entre ses dents !

Semblant content de son effet…il continue sur un -« Vous arrêtez ça tout de suite », en désignant d’un doigt vindicatif mon gueulophone.  Murmures, grondements des passagers…à ma grande surprise et satisfaction. 

Le gueulophone posé à mes pieds, j’enchaîne de plus belle sur un ton théâtral -"malheureusement ces Messieurs souhaitent me voir arrêter mon contrôle de l’humeur. Mais qu’à cela ne tienne, je peux néanmoins continuer à capela, et prouver ainsi que j’ai d’la voix sans avoir recours à mon fidèle gueulophone".

Avant de continuer plus loin ma tirade, l’un des gnomes «Dupond & Dupont RATP» m’interrompt et surenchérit –«Vous vous taisez !».

Je m’apprête à répliquer, mais mes passagers/spectateurs s’en chargent à ma place –« Mais laissez-le parler ! On a encore le droit de s’exprimer, voyons ! ».

L’ambiance est à son comble dès que je les tance –« Quitte à avoir un p.v plein pot, autant profiter du prix de gros. Continuons donc à contrôler vos sourires, avec mon fidèle gueulophone ! »

Les gens se marrent franchement, un vrai feu d’artifice d'sourires. Le deuxième Dupont sort de sa retraite pour m’ordonner de les suivre à la prochaine station, Place Clichy. - « J’aimerais connaître le motif pour lequel je dois vous suivre ? ».

Il rétorque « Trouble de l’ordre public, vous embêtez les passagers ! ».  Hilares, les spectateurs s’éclaffent de plus belle, leur lançant au passage -« Arrêtez ça, lui au moins, il nous fait rire ! ».

Voyant le public adhérant pleinement à ma cause, je lance –« habituellement je fais applaudir pour le sourire des enfants, petites fées ou p’tits magiciens. Le sourire des jeunes amoureux de 15 à 97ans. Celui des futures mamans, ainsi comme vous avez pu vous en apercevoir, le sourire des hommes galants et courtois. Et là, histoire de prouver mes dires à ces Messieurs Dupond & Dupont de la bougonnerie… je vais vous demander exceptionnellement, d’applaudir à tout rompre, afin de soutenir la démarche du Contrôleur du Bonheur ! Attention, un, deux, trois… »La Magie opère et c’est un tonnerre d’applaudissements qui jaillit dans la rame ! Une pluie de p’tits bonheurs dans le regard de chacun, tous âges et looks confondus. Parmi tous ces sourires que je croise l’espace d’une demi-seconde, je vois un joyeux quinqua en costard/cravate coinçant son journal entre les dents, pour avoir la liberté d’applaudir des deux mains.

-« Alors, vous voyez bien messieurs ! S’il s’agissait d’élections vous seriez battus à plate couture »

Pour toute réponse, je n’obtiens qu’un grommèlement avec un « Ouais, c’est ça, nous aussi on applaudit » teinté d'une mauvaise foi patentée.

En arrivant Place Clichy, la porte s’ouvre à peine qu’un des fameux Dupont me donne une violente tape dans le dos, m’exhortant d’avancer.

Je me retourne, lançant –« Hé, on ne touche pas !

À peine mon premier pied posé sur le quai, l’autre sbire, pensant être à l’abri de tout témoin éventuel, passe du vouvoiement au tutoiement de manière singulière, avec un -« Tu vas voir ta gueule, à te foutre de nous ! ».

Mauvais calcul de sa part… si c’est comme ça, je fais marche arrière !  Et je joins le geste à la pensée.

- "Vous avez vu et entendu ? De beaux cas de sarkozyte aiguë ! Non seulement ces Messieurs font montre de vulgarité exacerbée, mais également de violence. Cette vulgarité-là est l’arme des pauvres d’esprit, mais aussi l’apanage de notre « bon Roitelet Nicolas Talonnettes » qui fait dans la dentelle…comme tout le monde le sait !"

Au même instant sur le quai, j’entrevois très rapidement un groupe de jeunes femmes fondre sur eux en les encerclant.

Les portes de la rame se referment avec moi à l’intérieur. Je leur fais un grand sourire et un signe de la main en guise « d’au revoir », le tout avec ironie. En retour, ils me montrent le poing, et l’index traçant un cercle dans l’air, qui signifie « on se retrouvera ! »

Certains tiennent à me féliciter pour mon « contrôle de l ‘humeur ». D’une voix émue, je remercie tous ceux qui m’ont soutenu face à ces mauvais esprits.

Cela m’a fait si chaud au cœur de voir tous ces inconnus, tous ces « Adeptes de la Bonne Humeur » prendre ma défense!

Une fois encore, cela prouve que l’on ne vit pas dans un monde dominé uniquement par l’individualisme. L’effet boomerang du sourire existe bel et bien…!

N.B Heureusement, les rapports avec les « autorités » (flics, contrôleurs, agents de sécurité etc.) même de manière « officieuse » sont la plupart du temps très sympathiques, car ils ne manquent pas d’humour…j’en profite pour leur adresser un sourire-spécial dédicace…

 

Sourirement vôtre

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